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Spécial “ Acoustics’08 ” - Part II
Acoustique
&
Techniques n° 54-55
Les deux graphiques indiquent une assez bonne corrélation,
seul le point correspondant au Kitara Hall de Sapporo
s’écartant de l’alignement obtenu. Cet écart s’explique sans
doute par le fait que C80 dépend également du niveau
du champ tardif : Sapporo est la salle la plus grande en
volume parmi les 6 représentées, et présente également
un temps de réverbération comparativement plus court.
Un simple calcul d’absorption totale à partir du temps de
réverbération et du volume montre que Sapporo présente
1,55 fois plus d’absorption que la moyenne des 5 autres
salles représentées, ce qui devrait conduire à un champ
réverbéré sensiblement plus faible et une valeur de C80
logiquement plus élevée indépendamment de l’efficacité
précoce de la salle. En utilisant la théorie traditionnelle
pour l’évaluation de l’énergie réverbérée, on peut expliquer
un niveau réverbéré plus faible de 1,9 dB (= 10log(1,55))
que la moyenne des 5 autres salles, ce qui pourrait donc
expliquer un C80 de l’ordre de 2 dB plus élevé à Sapporo.
L’écart entre Sapporo et les 5 autres salles perturbe les
régressions linéaires. Pour cette raison, deux régressions
différentes ont été testées : la première (linreg) tient compte
des 6 salles pour lesquelles des mesures fiables de C80
étaient disponibles, tandis que la seconde (linreg2) ignore
le point correspondant à Sapporo.
On observe que les salles présentant une plus grande
quantité d’absorption présentent généralement une plus
grande déviation par rapport aux régressions linéaires
obtenues. Une première estimation à partir des données
disponibles laisse à penser que la régression linreg2 devrait
être applicable pour les salles de concert présentant
moins de ~ 2 000 m² Sabine d’absorption. Cependant,
cela ne signifie pas pour autant que S
EE
et
W
EE
perdraient
leur validité pour des salles présentant une plus grande
quantité d’absorption : simplement, ces paramètres sont
moins corrélés à C80 lorsque l’on compare des salles
dont la réponse tardive est très différente. Les paramètres
d’efficacité précoce restent représentatifs de l’efficacité
du concept acoustique et de la présence sonore des
sources indépendamment de la réponse tardive. De plus,
la possibilité d’utiliser S
EE
et
W
EE
, calculés à partir de plans
ou croquis, pour prédire C80 (également à l’aide d’autres
paramètres architecturaux tels que le volume et la surface
totale d’audience) peut s’avérer un outil intéressant dans
le processus de conception acoustique. Cette possibilité
semble également confirmer que les paramètres proposés
pour quantifier la perception subjective de la présence
sonore des sources sont acoustiquement significatifs.
La qualité des régressions obtenues est décrite par les
coefficients de détermination r
2
listés dans le tableau 3 :
linreg
(6 salles)
linreg2
(5 salles)
C80 en fonction
de S
EE
0,43
0,82
C80 en fonction d’
W
EE
0,52
0,93
Tabl. 3 : Coefficients r
2
pour les régressions linéaires
r
2
coefficients for the linear regressions
Sans surprise, la corrélation entre C80 et les deux
nouveaux paramètres n’est pas idéale lorsque l’on considère
l’ensemble des 6 salles : S
EE
, comme
W
EE
, n’explique que
50% environ des variations de C80. Mais dès lors que
l’on écarte Sapporo de l’échantillon, la corrélation devient
beaucoup plus forte.
W
EE
apparaît plus adapté que S
EE
,
ce qui justifierait plutôt l’usage de la version basée sur les
angles solides. Sur les 5 salles finalement considérées
(Amsterdam, Boston, Berlin, Christchurch et Manchester),
S
EE
explique 82% des variations de C80, ce qui est encore
amélioré à 93% pour
W
EE
.
W
EE
est également très prometteur pour ce qui est d’une
généralisation du critère pour différentes tailles de salles,
et différent styles musicaux. Lorsque l’on considère une
salle de taille relativement plus petite, S
EE
peut être
réduit de façon à compenser le fait que les distances
sont généralement plus courtes entre les sources et les
surfaces efficaces.
W
EE
est par contre toujours représentatif
de la proportion d’énergie produite sur scène qui est
dirigée précocement vers l’auditoire et les musiciens sur
scène, indépendamment de toute considération d’échelle
concernant la taille de la salle. On peut supposer que la
valeur optimale d’
W
EE
dépendra du style musical et de
la formation orchestrale : les symphonies romantiques
nécessiteront des valeurs d’
W
EE
plus faibles que le
répertoire classique et baroque, et les grands orchestres
symphoniques nécessiteront une efficacité précoce plus
faible que les orchestres de chambre et la musique de
chambre. Pour un répertoire donné, conserver un
W
EE
similaire dans une salle de concert plus petite, dans
laquelle les distances aux sources sont plus réduites,
requiert automatiquement moins de surfaces. Toutes les
salles considérées dans cette étude sont de grandes
salles de concert dédiées au répertoire symphonique, une
généralisation des paramètres d’efficacité précoce pour
différentes tailles de salles et types de concerts semble à
la fois prometteuse et intéressante.
Fig. 3 : C80 en fonction d’
W
EE
C80 versus
W
EE
Efficacité acoustique précoce : un nouveau critère architectural pour l’acoustique des salles de concert symphoniques