Approfondissons…
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Acoustique
&
Techniques n° 42-43
analysé et conçu avec le soin requis. Le mérite en revient
aux ingénieurs acousticiens et à leurs longues années
d’efforts. Les recherches théorique et expérimentale
systématiques qu’ils ont menées - en particulier ces cent
dernières années - et leur volonté constante de tester des
solutions nouvelles font que, grâce à eux :
- On comprend aujourd’hui dans une large mesure les
mécanismes présidant à la production et à la propagation
du bruit ainsi que l’impact des nuisances sonores ;
- On a pu valider de nombreuses solutions techniques
d’atténuation du bruit qui sont accessibles car
rassemblées au sein de directives et de catalogues de
solutions exemplaires ;
- On dispose d’un appareil réglementaire utile et ambitieux
qui tient compte de l’état de l’art et s’attache à suivre son
évolution.
Notre environnement n’est pas devenu plus silencieux pour
autant car le développement continu de la mécanisation
et de l’automatisation va de pair avec l’augmentation du
nombre des machines et installations génératrices de
bruit. On a donc d’un côté une réduction ponctuelle des
bruits et de l’autre un relèvement du niveau de bruit global
– l’une ne suffisant pas toujours à compenser l’autre.
C’est pourquoi il est indispensable que les acousticiens
poursuivent leurs efforts non seulement pour améliorer
notre environnement mais aussi pour préserver le niveau
de protection acoustique que nous avons déjà atteint.
L’article qui suit a pour objectif de présenter à l’aide
d’exemples caractéristiques les progrès réalisés ces
cinquante dernières années par les techniques de réduction
du bruit. Il ne saurait être question ici de rédiger leur
histoire – ce qui supposerait une démarche systématique
et exhaustive. Tant les recherches nécessaires que la
quantité des informations à présenter dépasseraient le
cadre de cet article. Mais il serait effectivement fructueux
et instructif de retracer l’évolution du bruit et de la lutte
antibruit sur un plan historique et technico-social : on
disposerait enfin d’une histoire complète et détaillée
sans laquelle aucune analyse systématique du sujet n’est
encore envisageable. En effet, si l’on en croit les bases
de données listant les publications, le bruit – qui est à
la fois une pollution de notre environnement et l’objet
d’une discipline des sciences de l’ingénieur – n’a jusqu’à
présent éveillé l’intérêt ni des historiens de la recherche
sur l’environnement ni des historiens des techniques.
Certes, la reconnaissance publique du problème posé
par les nuisances sonores n’eut lieu qu’au cours de la
deuxième moitié du XXe siècle, mais cela ne signifie
pas que l’ingénierie acoustique n’ait pas existé avant
cette époque. Au contraire, la littérature spécialisée
publiée autour des années 50 est parfois de très haut
niveau ([1] et [2] par exemple ainsi que les ouvrages qui
y sont mentionnés) et l’on constate que l’acoustique avait
mis depuis longtemps déjà ses connaissances et son
expérience au service de la lutte antibruit. Ceci étant posé,
il est évident que c’est la mécanisation rapide de notre
quotidien intervenue depuis la deuxième guerre mondiale
qui a fait du bruit une nuisance lourde et porteuse de
risques non seulement pour quelques-uns mais bien pour
la majorité de la population.
Par définition, le bruit en tant que nuisance sonore
présuppose qu’il existe non seulement un phénomène
sonore mais aussi une ou plusieurs personnes qui
l’entendent et qui en sont affectées : ce sont les
personnes exposées au bruit. En attirant l’attention sur
le désagrément subi et en persévérant dans le refus de
cette nuisance, elles ont fortement contribué à l’évolution
acoustique des produits, des process et des systèmes.
En effet, sans information sur la nuisance perçue et
donc sans possibilité de l’analyser, sans la parole des
personnes exposées au bruit et sans l’opposition dont
elles ont su faire montre, il aurait été plus difficile encore
d’accepter la nécessité de solutions visant à maîtriser et
réduire le bruit.
C’est aux ingénieurs que revient le mérite d’avoir voulu
créer de nouvelles fonctionnalités techniques « à faible
niveau de bruit » et de les avoir réalisées. Dès 1950,
leurs efforts ont rendu les équipements et installations
techniques plus agréables pour les utilisateurs et plus
supportables pour les personnes exposées au bruit.
Leur travail ne s’est pas limité à résoudre les problèmes
techniques. Ayant compris très tôt l’impact des nuisances
sonores occasionnées par leurs produits, ils ont mis
leurs connaissances et savoir-faire au service d’une
société plus silencieuse en travaillant main dans la main
au sein d’associations et en promouvant la rédaction des
directives et des normes (DIN, VDI, NALS).
C’est ainsi que l’acoustique technique a pénétré les
domaines d’activité et l’esprit des ingénieurs, s’intégrant
à leurs objectifs de travail et au profil des produits qu’ils
développaient. L’objet de cet article est de présenter le
processus et la dynamique nés de l’interaction entre les
personnes exposées à des nuisances sonores intolérables,
les ingénieurs qui définissent et proposent les solutions
techniques et les directives et normes qui viennent définir
le cadre réglementaire applicable.
Cet état des lieux du développement acoustique est aussi
un coup de projecteur qui souhaite mettre en lumière
le travail de tous les intervenants qui ont contribué à la
réduction du bruit et leur rendre hommage. Quelles que
soient l’urgence et la gravité des problèmes actuels
à traiter, il faut dire que les techniques acoustiques
développées et appliquées ces dernières décennies
ont permis de remporter de nombreuses victoires sans
lesquelles il nous serait impossible aujourd’hui de concilier
technique et bien-être - pour ne pas dire technique et
santé.
Fondé à Cologne il y a cinquante ans, le Cercle allemand
de lutte contre le bruit ou
Deutscher Arbeitsring für
Lärmbekämpfung
– DAL - occupe une place importante
dans cette histoire ([3]). Le présent article est d’ailleurs
rédigé à l’occasion du cinquantième anniversaire du
DAL. Nous souhaitons à cette occasion présenter
nos félicitations au DAL pour l’œuvre accomplie et lui
exprimer nos vifs remerciements pour son engagement
au service d’une bonne cause. Tous nos vœux de réussite
accompagnent ses activités futures dans la lutte contre
les nuisances sonores.
100 ans d’ingénierie acoustique allemande appliquée aux techniques de réduction du bruit