Spécial “ Acoustics’08 ” - Part II
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Acoustique
&
Techniques n° 54-55
Mesdames, Messieurs,
Deux ou trois générations vous séparent de l’époque
immédiate de l’après-guerre, marquée en France par un
isolement scientifique de 6 ans, et le fossile que je suis
à vos yeux et surtout à vos oreilles, va vous décrire le
pourquoi et le comment de la situation qui conduira deux
hommes à l’avènement du GALF, devenu en 1986 la SFA
d’aujourd’hui.
En 1946, la priorité de la recherche en France n’est pas
l’acoustique mais l’atome, et si nous avons bien quelques
éminents acousticiens comme Langevin, Brillouin, Foch,
Rocard ou Lucas, ceux-ci se consacrent le plus souvent
aux théories fondamentales et sont du milieu académique
parisien.
Il émerge cependant dans notre pays, et indépendamment
de ces classiques, deux structures de recherche, dévolues
à des thèmes d’Acoustique appliqués à des problèmes
scientifiques ou techniques.
La première est parisienne, et dépend du ministère des
postes et télécommunications ; elle est le domaine des
télécommunications, dirigé par un Polytechnicien, Pierre
Chavasse, ingénieur général, entouré d’un personnel
d’ingénieurs, qui étudient en interne, entre autres, les
performances d’appareillages et leur mise en œuvre
technique, mais aussi certains des aspects physiques
et psychologiques de l’intelligibilité du signal de parole
dans la communication transportée. Ce service des P & T
s’installera à Lannion, et bénéficiera des ingénieurs issus
de l’École des Télécoms.
La seconde est marseillaise : le Centre de Recherche
Scientifique Industriel et Maritime créé et animé par un
physicien normalien, François Canac. Personnalité très
dynamique, enthousiaste et entreprenante, il y regroupe
des chercheurs très divers sur des thèmes qui leur sont
propres. Par exemple, sur les aspects mathématiques
avec Vogel ; sur les générateurs d’infra et d’ultrasons
avec Gavreau ; Levasseur, qui construit des générateurs
de forte puissance pour application industrielle, Mlle
Merle qui travaille sur les émissions ultrasonores des
jets d’air, et je rappellerai enfin les travaux personnels
de Canac sur l’insonorisation des salles, et surtout ses
très fameuses recherches sur l’acoustique des théâtres
antiques et l’usage des pots acoustiques et des amphores
absorbeurs des échos de l’architecture religieuses du
Moyen-Age. En fait, ces chercheurs très indépendants et
originaux constituent la seule vraie structure de recherche
appliquée de l’époque.
Ces deux groupes, et ces deux grands patrons, Canac
et Chavasse se connaissent, et s’apprécient, malgré
les différentes philosophies et les moyens qui animent
leurs objectifs et leurs missions. Ils se retrouvent alors
confrontés à deux situations qui se manifestent au même
moment.
La première est l’apparition sur le marché, dès 1946,
de nombreux et très nouveaux appareils de mesures,
d’analyses, d’enregistrement et de synthèse comme les
Brüel & Kjaer, les Siemens, les Nagra, les sonographes
et les générateurs d’US… L’immatérialité des sons
disparaît, au bénéfice de toutes les possibilités nouvelles
de quantifier la génération, le maniement et la fixation de
sons de toutes fréquences du Hertz au Mégahertz.
La seconde est l’apparition de toute la littérature
scientifique anglo-saxonne, dont on était privé depuis
1939, avec les revues «Science», «Nature» ou le JASA, et
qui révèlent des découvertes et des résultats scientifiques
insoupçonnés.
Je vais vous en donner quelques exemples : à l’époque
je suis un physiologiste à tendance biochimiste et
pharmacologiste et je tombe, par curiosité, sur l’article de
Donald Griffin de Harvard qui décrit l’émission ultrasonore
des chauve-souris en vol et leur système d’écholocation
qu’elles mettent en œuvre pour capturer leurs proies ;
des insectes nocturnes volants. Avec le même élan qu’on
a quand on entre en religion, j’entre en acoustique, avec
enthousiasme, et bien que j’ignore tout de l’acoustique, je
me flatte encore de cette décision.
C’est à cette époque que le Commandant Cousteau
sort son livre intitulé «Le Monde du Silence» alors que
Mrs Fisch au Musée de la marine à Paris, nous conte
que dans la bataille de la mer de Corail, les mines de
la Navy explosent, déclenchées par les niveaux sonores
Du GALF à la SFA : 60 ans d’acoustique
en France
Exposé de René-Guy Busnel,
Président du Groupement des acousticiens de langue
française de 1966 à 1969